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La Presse - Voilà déjà près de douze
années que Hedi Nouira est décédé.
Les jeunes générations ne retiendront peut-être
de l'histoire de cet homme que les années pendant lesquelles
il a été Premier ministre.
C'est pourtant un homme qui a surmonté l'épreuve
de l'incarcération, de l'assignation à résidence
surveillée et de l'exil pendant de longues années
vouées à la lutte pour la libération du pays
qu'on a eu l'occasion de redécouvrir, hier, lors d'une conférence
donnée par le Pr. Mohamed Lotfi Chaïbi, directeur de
l'Institut supérieur de l'histoire du Mouvement national,
ayant pour thème : «Hedi Nouira, le militant».
C'est d'ailleurs l'importance du parcours de ce militant de la
première heure qui a amené les membres du conseil
scientifique de l'Institut supérieur de l'histoire du Mouvement
national à consacrer le deuxième livre de la série
Un militant et son parcours à feu Hedi Nouira, le
premier numéro étant dédié à
feu Tahar Sfar.
L'auteur de cette recherche, M. Lotfi Chaïbi, a souligné
d'emblée qu'il s'agit d'une étude consacrée
à une personnalité nationale, un des piliers du parti
du Néo-Destour et l'un des plus éminents dirigeants
du Mouvement national. «Feu Hedi Nouira a assumé
des responsabilités importantes au sein du Mouvement national
et a subi toute sorte de répression, d'incarcération
et d'exil. Il a enduré avec patience et courage toutes ces
épreuves jusqu'à l'Indépendance», a indiqué
l'orateur, qui a rappelé que l'étude ne concerne que
la période de la lutte pour la libération du pays
jusqu'à l'Indépendance.
Le portrait du militant, que le conférencier nous a dépeint
en quatre tableaux, concerne donc le jeune Mohamed El-Hédi
Ben Amira Ben Mohamed Nouira, né à Monastir le 6 avril
1911. Issu d'une famille aisée, Hedi Nouira a fait
ses études primaires à Monastir et ses études
secondaires à Sousse, faute de pouvoir s'inscrire au lycée
Sadiki à Tunis. Sa première vocation sportive était
le football et il adhère au Club de l'Étoile Sportive du
Sahel en tant qu'amateur dans la catégorie des cadets.
C'était là son baptême de la vie associative
avant de partir en 1931 à Paris pour passer le baccalauréat.
Après l'obtention du bac en 1933, Hedi Nouira rejoint
le pays et c'est en été 1933 à Monastir qu'il
fait ses premières armes de militantisme en assistant à
la création de la première cellule destourienne, et
ce, en présence de Habib Bourguiba, membre du comité
exécutif. Il regagne Paris pour poursuivre ses études
en droit et adhère à l'Association des étudiants
musulmans de l'Afrique du Nord (Aemna) où il était
un membre très actif. Il fonda, par ailleurs, le Comité
de défense des libertés en Tunisie dont il assura
le secrétariat général. Les responsabilités
se succèdent et c'est une période féconde en
articles virulents et incendiaires contre l'occupant français
que le jeune étudiant Hedi Nouira parvient à
publier dans des quotidiens et périodiques importants et
à fort tirage grâce à un réseau relationnel
qu'il a pu développer avec la presse française.
Cependant, son retour en Tunisie en 1938 après l'obtention
de la licence en droit engage ce militant dans un palier supérieur
de la vie politique et qui sera vite couronné par des séjours
dans la prison civile de Tunis, la prison civile de Téboursouk
et ensuite dans la prison de Saint-Nicolas à Marseille, de
Mont Luc à Lyon ainsi qu'à l'assignation à
résidence surveillée à Rome avant un retour
à la terre natale le 26 février 1943.
De 1944 à 1954, Hedi Nouira a été parmi
les théoriciens et les chefs spirituels du parti, entièrement
dévoué à sa restructuration en vue de le préparer
à la bataille décisive, celle de la libération.
Pendant plus de trois années, il a été astreint
à agir dans la clandestinité avant de dévoiler,
dès 1948, un nouveau faciès d'un militant politiquement
mûr et modéré dont la plume était irréprochable.
C'est ainsi qu'il signa près de 145 éditoriaux dans
l'hebdomadaire Mission qui a paru de 1948 à 1952. Mais Hedi
Nouira qui a continué sa résistance a été
écroué de nouveau en 1952 et assigné de nouveau
à résidence surveillée en 1953. Avec l'avènement
du gouvernement de Tahar Ben Ammar en août 1954, il se voit
confier le portefeuille du ministre du Commerce et ensuite celui
des Finances. En 1958, Hedi Nouira a été chargé
de fonder la Banque centrale de Tunisie jusqu'à ce qu'il
fut appelé aux fonctions de Premier ministre de 1970 à
1980.
Parmi l'assistance à la conférence, il y avait des
camarades et des amis de feu Hedi Nouira qui ont apporté
des témoignages sur le parcours de ce militant et ont évoqué
les moments forts qui ont marqué son passage.
L'Institut supérieur de l'histoire du Mouvement national
compte persévérer sur cette voie, de recherche sur
les militants, et déjà d'autres ouvrages sont en chantier
et qui seront consacrés à Ali Bach Hamba, Mohamed
Ali Al-Hammi, Abdelaziz Thaâlbi, Farhat Hached et Mahmoud
El Matri.
La Presse (Tunis)
Chokri Ben Nessir
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