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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Samedi 10 Fév 2007 20:16 Sujet du message: TUNISIE SECRETE |
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MA TUNISIE SECRETE
A travers les mémoires andalouses, les folies Art déco, les architectures éternelles, et les étalages bouquinistes, une autre Tunisie existe. Celle de ma pré-naissance et de mon enfance. Quelques fois je la perds de vue. Pour que le présent d’hier rejoigne le présent d’aujourd’hui, je vous propose de la rencontrer telle que je l’ai adorée en partageant avec vous quelques images qui foisonnent encore dans ma tête, occasion que je vous offre de délaisser pour un moment les plages et les oasis et autre plus belle mosaïque au monde.
La société tunisienne actuelle a fini par cesser d’être nostalgique. Le Tunisien des années 90 et 2000 est très à l’écoute des dernières prouesses de l’audio-visuel. Il serait prêt à vendre sa collection de classiques Français ou Andalous contre une antenne parabolique …
Les modèles pleuvent de partout. Celui venu d’Asie bénéficie de certaines faveurs en matière de relance de l’économie. Le pire est celui qui a déguisé nos pères et parfois nos frères en tunisiens postiches portant d’espèces de chemises blanches longues jusqu’à la cheville, sorties du fin fond de l’Arabie (pourtant si lointaine), alliant le mauvais goût à la qualité de pacotille du tissu.
Heureusement, nos grands-pères résistent. Coiffés de leur chéchia ou de leur tarbouch « Méjidi » rouges carmen, ornés de leur jebba fines ou plus modestement, de leur blousa grises, prouvant que le Tunisien ne se soumet pas facilement ; sauf à la lumière de l’esprit.
Si l’occident a perdu de son pouvoir de séduction, il garde quelque influence dans les domaines culturel et artistique.
Un jour, racontait Jean Daniel, écrivain et directeur du Nouvel Observateur, que je me promenais dans les venelles dallées de la médina avec le philosophe Michel Foucault, ce dernier m’a demandé de définir en quoi consistait ce qu’il appelait la « tunisianité », la spécificité tunisienne, ce par quoi elle est irremplaçable et non interchangeable.
L’islam ? Sans doute y a-t-il un folklore particulier des confréries, mais un milliard de musulmans peuplent le monde. Les Arabes ? Il y a certes ici deux très anciennes mosquées, mais pas plus anciennes que la Koutoubia de Marrakech, la Giralda de Séville, la mosquée de Damas. Les Tunisiens ne se confondent pas avec les trois cents millions d’Arabes. Le Maghreb ? Je le connais bien : les quatre pays (avec la Libye) sont bien différents les uns des autres. L’Afrique ? Trop loin de la Méditerranée. Alors ? Une synthèse de toutes les caractéristiques ? Sans doute. Assurément. Mais bien plus (fin de citation).
Pour vous expliquer la tunisianité à mon tour, je vous parlerai dans mon prochain message de peinture tunisienne, d’architecture tunisoise et d’art andalous. Mais chut, que ça reste entre nous, car j’aurais parlé d’une Tunisie qui est la mienne. Et celle là est secrète…
Dernière édition par El Borj le Lundi 12 Fév 2007 20:42; édité 1 fois |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Lundi 12 Fév 2007 20:41 Sujet du message: |
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Les années folles de Tunis ou l’art déco à la tunisienne.
Depuis que le premier jour où flânant à Tunis j’ai levé la tête pour découvrir, époustouflé, les façades et balcons des immeubles, je ne manque jamais de prêter attention aux hauteurs en marchant dans toutes les villes que je visite.
La médina de Tunis, depuis le moyen âge se caractérise par son architecture à patios sans cesse perfectionnée jusqu’au 19ème siècle en intégrant les apports andalous, ottomans et italiens. Mais sur votre parcours entre cette médina, depuis la Porte de France, et les abords de la lagune, n’avez-vous jamais été retardé par les détails de la cité « moderne » ? Vous y auriez découvert d’autres architectures qui n’en reflètent pas moins les modes de 20ème siècle.
Dans la médina, il est aisé de remarquer les plafonds à motifs floraux «italianisants», des fenêtres sur rues à persiennes, des corniches néo-classiques et des panneaux de boutiques de style floral ; autant d’influences étrangères à la tradition locale.
Les musulmans et les juifs du début du 20ème siècle habitent la médina ; la ville « européenne » est peuplée de Siciliens catholiques, de Maltais protestants, de juifs livournais et de Français, souvent fonctionnaires du protectorat. Il y a aussi une minorité de russes blancs.
Le secteur du bâtiment est quasi monopole italien. Seuls les édifices officiels représentatifs du pouvoir français sont dessinés par des architectes français.
Parmi cet éclectisme et cette vitalité, les styles Art nouveau et Art déco sont bien représentés.
Il suffit de déambuler le long des axes perpendiculaires à l’avenue Habib Bourguiba, constitués par les avenues de Carthage et de Paris, les rues de Rome, de Yougoslavie et de Marseille, se rejoignant tous au rond point du Passage, depuis lequel pointent les immeubles des avenues de la Liberté et Lafayette.
Un des immeubles situés derrière l’Hôtel de ville de Tunis
Sobriété d’un bâtiment des années trente, à l’angle des avenues de Paris et Habib Thameur.
Exubérance des années folles.
Sur l’avenue Habib Bourguiba, le théâtre municipal bel exemple d’Art nouveau dû à l’architecte Resplandy, faisait partie d’un complexe qui comportait un casino municipal, avec une tour minaret, et un jardin d’hiver, le palmarium.
La façade du théâtre municipal, construit en 1903.
Après avoir été le haut lieu des élégances de la bourgeoisie européenne, il a été détruit. Ce bâtiment a été rénové avec une nouvelle façade inspirée de l’ancien casino, abritant un café à la terrasse duquel j’ai surpris il y a deux mois à la télé tunisienne une émission musicale avec l’artiste Sonia M’barek. Ainsi se perpétue le souvenir …
(la suite, au prochain message) |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Mardi 13 Fév 2007 19:56 Sujet du message: |
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En remontant l’avenue de Carthage vers la rue de Rome et le nord, l’Hôtel de ville. C’est un chef-d’œuvre des façadiers siciliens qui intervenaient après la construction du gros œuvre. Ils étaient passés maîtres dans l’art du décor moulé au mortier de chaux et de plâtre gris : corniches, faux chapiteaux, balcons en conque, pilastres … La façade du Lycée Carnot édifié en 1931, maintenant Lycée Bourguiba, est "sagement" Art déco.
La grande synagogue de l’avenue de la Liberté, inaugurée en 1937, est monumentale. Elle a été restaurée en 1996.
Les quelques villas près du Belvédère subsistent parmi un ensemble de villas qui bordaient le parc. Hélas ces édifices ne sont pas tous en bon état.
L’immeuble Dissegny, rue de Yougoslavie, témoin de l’architecture tunisoise du début du 20ème siècle.
Ces quelques exemples montrent une architecture méconnue de Tunis. Ils ne sont pas les seuls : à partir de l’axe Carthage-Liberté, toutes les échappées sont riches en découvertes.
Les Samedi, il (a) fait bon déambuler sur l’avenue Habib Bourguiba, la Rambla locale, où l’on ne manquait pas de sacrifier au rite du samedi soir, lorsque les Tunisois se chargeaient de fleurs et de gâteaux au chocolat et à la pistache pour l’élue de leur cœur … |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Dimanche 18 Fév 2007 1:01 Sujet du message: |
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Pour terminer cette chronique architecturale tunisoise, je citerai encore Jean Daniel : « On dit souvent qu’il y a en Tunisie un charme italien qui séduit l’homme du Nord. C’est vrai mais, là aussi, c’est plus que cela. Le privilège des Tunisiens les plus croyants, et je dirai même les plus austères, est qu’ils ont tellement le sens du plaisir qu’ils vont jusqu’à s’identifier à ceux qui l’éprouvent en dehors d’eux-mêmes et qu’ils ont tous les mots pour protéger ce plaisir chez les autres. Ils ne sont ni pires ni meilleurs que leurs voisins, ni que le reste de l’humanité. Mais disons qu’ils sont altruistes par capacité de communion dans le bonheur, par identification avec ceux qui ont l’occasion d’en bénéficier. »
En attendant, que vous réagissiez à ce sujet et que vous l’enrichissiez par votre propre vécu, je vous parlerai dans ma prochaine chronique d’un autre secret de ma Tunisie. |
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ruspina Administrateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 1074 Localisation: Paris France
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Posté le: Dimanche 18 Fév 2007 11:28 Sujet du message: |
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trés belles tes photos el borj surtout celle de la rue de Yougoslavie
ca change par rapport au style bien carré qu'on trouve un peu partout
ca manque un peu à mponastir |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Dimanche 18 Mar 2007 22:05 Sujet du message: |
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L’Ecole de Tunis
Vous connaissez le café de Paris ? Vous voyez bien, tous, ce café sur l’avenue Habib Bourguiba ? Vous vous y êtes assis au moins une fois ?!
Imaginez que vous êtes en 1949 à la terrasse de cet établissement sur l’avenue Jules Ferry – aujourd’hui Habib Bourguiba – et que vous êtes mêlé à la fidèle et hétéroclite clientèle : colons et colonisés, riches et moins riches ; caïds et agriculteurs ; écrivains, gens du théâtre, musiciens, journalistes et …les peintres ; chrétiens, juifs et musulmans. Et aussi une nuée de marchands de jasmin et de graines de tournesol, les célèbres vieilles dames juives de ce café, et des jolies filles « libérées », attirées par la perspective d’un bon dîner et par l’esprit …
Au fur et à mesure que baissait le soleil, ce petit monde migrait de terrasse en terrasse, pour la belote quotidienne dans les rues adjacentes ou virait à la Goulette pour une grillade de poisson au bistrot du canal, jusqu’à la sortie des spectacles.
Pierre Boucherle et Moses Levy, les deux mâitres de l’époque, s’y étaient liés d’amitié avec Antonio Corpora, Jules Lellouche, Yahia Turki, Ammar Farhat, Ali Bellagha, Jelel Ben Abdallah… Ils disaient que «Tous ne parlaient que peinture, riaient peinture, mangeaient même peinture ».
Si l’un deux tardait à se montrer, ils allaient le chercher, lui donnaient un coup de main en cas de besoin. Il arrivait, par exemple, à Jules Lellouche de donner à Ammar Farhat, les jours de grande disette, un « bon pour 1000 francs » à retirer chez son ami, patron du cinéma Le Marivaux.
A son retour au café, ils se partageaient l’argent. C’était comme à la Rotonde ou au Dôme à Montparnasse.
Sur cette photo, sont réunis les principaux fondateurs de l’Ecole de Tunis.
De gauche à droite : Emmanuel Bocchieri, Yahia Turki, Ammar Farhat, Mifsud, Moses Levy, Pierre Boucherle, Abdelaziz Gorgi. |
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Le pirate Membre actif

Inscrit le: 09 Nov 2006 Messages: 656 Localisation: Holland
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Posté le: Dimanche 18 Mar 2007 23:46 Sujet du message: |
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| tres jolies photos on dirait Paris |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Mercredi 21 Mar 2007 22:55 Sujet du message: |
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L'Ecole de Tunis - suite
La Belle Juive, par Moses Levy, 1940, huile sur toile.
Le musicien, par Abelaziz Gorgi, aquarelle et gouache.
La Marsa, par Moses Levy, 1926, huile sur toile.
Tous se retrouvaient aussi aux expositions du syndicat des artistes peintres. Indifférent au racisme ambiant, le syndicat invitait ses amis musulmans, allant jusqu’à offrir à Hédi Turki un séjour à la montagne pour lui remonter le moral, à la suite de la mort de sa mère.
Alexandre Fichet leur ouvrait son Salon tunisien, aujourd’hui centenaire, où amateurs et professionnels se côtoyaient, sans préoccupation de race.
Portrait d'Alexandre Fichet, par Pierre Boucherle.
Et c’est tout naturellement que Pierre Boucherle, élève de Derain et sociétaire du Salon d’automne de Paris, élargira son Groupe des Quatre – qu’il a fondé avec ses amis musulmans -, pour fonder successivement le Groupe des Dix et, en 1949, à la terrasse du Café de Paris, le Groupe de l’Ecole de Tunis.
Leur vœu, à l’époque, était de tourner le dos aux dromadaires et aux marabouts ; de rechercher, en partant de leurs propres racines, l’authenticité dans le courant de la peinture universelle.
Le musulman Zoubeir Turki, issu de l’illustre Ecole de Bagdad, croit au génie éternel de cette culture qui va de Kyoto à Cordoue en passant par Kairouan. Le juif Moses Levy couvre son héritage millénaire du manteau du dandysme italien. Quant au chrétien Pierre Boucherle, peintre magnifiquement français, fondateur de ce pont de l’amitié et de l’art qu’est l’Ecole de Tunis, il englobait les témoignages des trois cultures dans sa vision profonde d’un art universel. |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Samedi 14 Avr 2007 21:14 Sujet du message: |
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Je me rappelle encore du temps où, petit (et beau), je profitais des vacances scolaires pour passer quelques jours de dépaysement à Tunis chez mon oncle, un des premiers ingénieurs télécoms de la Tunisie. Je me rappelle parfaitement de Sonia et de son frère compagnons de jeux de mes cousines et de moi-même et enfants de l’un des collègues de mon oncle. Notre terrain de jeux était un grand parc arboré, où étaient construites les villas de fonction des cadres des télécoms. Je me rappelle parfaitement de la grand-mère de nos compagnons de jeu ; cette vieille dame très belle, gentille, qui par moments parlait à ses petits enfants dans une langue incompréhensible, me paraissait inaccessible. Cette langue était le russe car nos copains de jeu dont le nom de famille finissait par ….ov. descendent de russes blancs.
Je vous raconte cette histoire pour évoquer la richesse ethnique de cette terre qui par chance et par bonheur, de tout temps et sans cesse, a reçu des hommes et des femmes des quatre points cardinaux.
Aujourd’hui, je vous propose de vous raconter ce que je sais, et ce que je sais est peu, d’un homme du nord qui comme nos autres ancêtres a trouvé refuge dans cette terre bénie. Connaissez-vous Alexandre Roubtzoff ? |
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lilia Modérateur


Inscrit le: 14 Jan 2007 Messages: 528 Localisation: Lille, France
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Posté le: Lundi 16 Avr 2007 8:52 Sujet du message: |
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| Pour ma part je ne le connais pas. |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Mardi 17 Avr 2007 20:09 Sujet du message: |
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C’était un jeune homme timide de tente ans quand il avait débarqué des pays froids. Il s’appelle Roubtzoff. L’académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg lui a décerné son premier prix, à charge pour lui de voyager pendant quatre ans pour parfaire son art. Roubtzoff a passé la première année en Espagne. Il s’apprête à entamer la seconde en Tunisie. Son voyage initiatique ne prendra jamais fin, Roubtzoff oubliera la Russie…
Le coup de foudre avec la Tunisie était prévisible. Lorsqu’il s’était déjà aventuré à l’étranger sous la conduite de sa tante et de Zionglinski, son professeur polonais, ce n’est pas Paris ou Berlin qui avaient ébranlé ses pupilles, mais bien le grand sud : la Crimée, l’Espagne, le Maghreb. En entrant dans le port de Tunis, le 1er avril 1914, sa main fuse en un croquis rapide, essentiel. Le même mois, la même année, la plus importante dans l’histoire de la peinture tunisienne, Macke et Klee débarquent et succombent à leur tour à la maladie de la lumière. Une maladie incurable qui poussera Alexandre Roubtzoff jusqu’à sa mort à parcourir les sables, armé de son carnet de route ou de petites toiles collées sur carton, qu’il tapisse de femmes berbères, de coupoles blanches, d’amandiers en fleurs.
Hadj Mansour, 1916, aquarelle.
Une mosquée à El-Kef, 1926, huile sur toile.
Roubtzoff établit ses bases à Tunis, où il ouvre un atelier très recherché. La « bonne société » s’attache ses services pour des portraits mondains, qui nous parviennent comme des reflets brouillés. Comme la vie était belle … On allait à l’opéra, on passait la matinée au café, on mangeait des fraises dans les jardins de la Marsa.
Portrait de Mademoiselle de Mattéis, 1927, huile sur toile.
Au loin, les échos affaiblis de la guerre. Pourquoi retourner à Saint-Petrsbourg ? Bien intégré dans le cercle des peintres « officiels », Roubtzoff est ami des photographes à la mode, du baron d’Erlanger, qui réunissait sa cour à Sidi Bou Saïd. Il se laisse pousser une barbe bien soignée, dessine les baronnes en robe courte, les colons, et les aristocrates de passage. De cocktails en réception, sa palette s’affadit.
Heureusement, la Tunisie profonde l’aide à entretenir sa veine documentaire. Toujours prêt à sauter dans un wagon de troisième classe à destination de la Marsa ou Gammarth, il est attentif aux détails de l’architecture, au travail des potiers, à l’habillement, aux bijoux des femmes.
Farjaniya, 1942, huile sur toile.
Sur cette photographie de 1942, Roubtzoff achève le portrait de Mongia. Toile qui appartient actuellement à l’ambassade de France.
Le Russe blanc est un parfait Tunisois. Il meurt dans Tunis la blanche en 1949.
A Saint-Petersbourg, l’Académie impériale attend toujours son rapport de stage… |
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amel Résident


Inscrit le: 18 Déc 2006 Messages: 211 Localisation: Lille
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Posté le: Mercredi 18 Avr 2007 9:23 Sujet du message: |
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| Magnifiques ces tableaux! |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Mercredi 18 Avr 2007 19:37 Sujet du message: |
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| Si cela t'interesse, Amel, tâche de te renseigner sur un ouvrage paru en 1996 chez ACR Edition, collection orientalistes : "Alexandre Roubtzoff, une vie … (je ne sais plus la suite)", par Patrick Dubreucq, 264 pages, il doit valoir actuellement dans les 104 €. |
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amel Résident


Inscrit le: 18 Déc 2006 Messages: 211 Localisation: Lille
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Posté le: Jeudi 19 Avr 2007 9:57 Sujet du message: |
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Merci el borj,je regarderai cet ouvrage.
Quand j'avais 10 ans à peu près,on m'avait offert un livre qui s'appelait "tableaux du monde" et on y expliquait les détails,pourquoi "la joconde" souriait si étrangement,ou pourquoi "las ninas" etaient peintes ainsi...J'ai lu ce livre trois fois au moins!
C'est vraiment intéressant de connaître l'histoire d'un tableau. |
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El Borj Modérateur


Inscrit le: 07 Nov 2006 Messages: 136 Localisation: Bordeaux
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Posté le: Vendredi 08 Juin 2007 23:00 Sujet du message: |
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Le chemin des andalous
C’est là, sur la route des grands vestiges romains de Dougga et Bulla Regia, que se trouve Testour, la plus andalouse des villes tunisiennes, fondée en 1609 sur les ruines de l’antique Tichilla.
Dans le silence de midi, Testour l’andalouse, tassée sur elle-même, laisse entendre le glissement des babouches sur le pavé. Passant sur la grand place, un jour de juillet 1720, le prêtre espagnol Francisco Jimenez assiste même à une corrida : le regard des andalous restait fixé vers le pays qu’ils avaient dû quitter.
Fuyant la Reconquista chrétienne et expulsés massivement d’Andalousie à la fin du XVIème siècle, les musulmans et les juifs d’Espagne refluent vers la terre maghrébine d’où ils étaient partis. Depuis déjà un siècle, ceux de Castille étaient contraints au baptême ou à l’exil. L’interdiction de parler la langue, de fréquenter les hammams, de se vêtir à la mode des ancêtres provoquait de graves soulèvements à Grenade, à Valence. Après une répression sanglante, ils sont définitivement chassés d’Andalousie.
Quatre vingt mille Andalous rejoignent la côte tunisienne. Les intellectuels et les riches citadins s’installent à Tunis, les autres choisissent les plaines fertiles du nord ou la côte, pour recréer l’univers raffiné qui leur est propre.
L’extraordinaire différence culturelle des andalous trouve son expression la plus visible dans l’urbanisme de leur cité, conçue sur un plan régulier et structuré. De Bizerte à Kalaat el Andalous (trad. Forteresse de l’Andalousie), ils bâtissent leurs demeures dans les anciens comptoirs phéniciens ou les petits ports romains. Al Alya (trad. La haute), Ghar El Melh (trad. Le terrier de sel), Ras El Jebel (trad. Le sommet de la montagne), Raf Raf (trad. Le vibrant) sont autant de petits villages au charme désuet, emmitouflés dans leurs murs d’enceinte ou juchés sur des collines. Tout autour, la terre est riche d’arbres fruitiers, de vignes et d’oliviers.
La vallée du Medjerda, « grenier de Rome » dans l’antiquité, est une terre mise en valeur par les Andalous selon trois niveaux concentriques : maraîchages et arboriculture dans la basse vallée, champs de céréales et de légumineuses sur les pentes, et réserves de bois et de gibier sur les hauteurs.
La suite, dans mon prochain message ... |
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